296. Save your Internet… mais pas comme YouTube !

YouTube est parti en guerre contre l’article 13 de la directive européenne adaptant le droit d’auteur à l’heure du numérique. Ils ont même fait peur aux créateurs en annonçant que leur chaîne et donc leur business pourrait disparaître. Une méthode limite mais qui a le mérite de nous rappeler une réalité.

Soyons clair, la directive européenne adaptant le droit d’auteur à l’heure du numérique votée avec les articles 11 et 13 est idiote. Elle va tout simplement à l’encontre de ce qu’est internet et de comment il fonctionne.

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L’article 11 ouvre la voie à la création d’un droit voisin au droit d’auteur pour les éditeurs de presse. S’il reste en l’état, vous devez demander une autorisation pour faire un lien. En attendant, je me permets tout de même de citer Le Figaro :

« Même les quelques lignes extraites d’un article que l’on peut lire dans une recherche Google, un tweet ou un message Facebook, seront protégées et ce même si l’internaute ne clique pas sur le lien. »

L’article 13 remet lui en cause le droit à la citation. Il empêchera tout contenu de type zapping, bootleg, remix, montage vidéo reprenant des extraits d’autres émissions ou même de jeux vidéo. Il limitera aussi la diffusion des memes.

Cet article introduit un véritable changement de paradigme. Les hébergeurs de contenu ont actuellement un devoir de célérité. Il doit supprimer un contenu rapidement quand il a connaissance de son existence sur son serveur où lorsqu’il reçoit une alerte. Avec l’article 13, tout hébergeur de contenu devra contrôler ce qui est publié dès la mise en ligne.

Cette directive a été adoptée par le parlement européen en septembre après avoir été rejetée en juillet. Elle doit encore repasser au vote en janvier puis être adaptée dans le droit national des pays. Espérons que cela ne soit jamais le cas.

La presse et l’industrie culturelles ont voulu ces dispositifs et je pense qu’il se retourneront contre eux. Je le redis, mais si les meme sont interdits, ce sont eux qui vont subir les conséquences en premier.

Mais cela correspond à leurs pratiques. Aussi ils ne voient pas le problème. LCI a par exemple récemment fait un article citant mon site Cyberbougnat sans faire de lien.

Copie d’écran du site de LCI

C’est contre la logique d’internet et de l’internaute qui ne peut pas creuser facilement l’information.

La campagne de lobbying de YouTube

YouTube s’est lancé dans une grande campagne Save Your Internet pour éviter le vote de cette loi. Ils ont envoyé des messages aux créateurs pour leur faire peur sur le thème « votre chaîne YouTube va disparaître et votre business avec ».

Ils ont aussi mobilisé les gros créateurs dans le monde entier. A chaque fois que vous partagez un vidéo via leur bouton de partage, la plate-forme vous propose aussi des tweets contre cet article 13.

L’objet est bien de faire une campagne massive qui va inquiéter ceux qui passent leur temps sur YouTube. Pas un collégien ou un lycéen n’a dû échapper à ça.

YouTube devrait déjà améliorer son Content ID

Dans la logique on peut comprendre la position de Youtube. Leur explication est même limpide :

« Bien que nous soutenions les objectifs de l’article 13, nous pensons que celui-ci, dans sa version actuelle, pourrait avoir des effets pervers importants susceptibles de bouleverser la face du Web tel que nous le connaissons. »

Mais c’est à mon sens un peu du routage de gueule. Car YouTube a finalement inventé le système qui sert de modèle. Il s’appelle Content ID et il n’est pas sans effet pervers.

Content ID va repérer les vidéos qui utilisent quelques secondes d’un contenu déclaré par un ayant droit. Pour Youtube, cet article 13 ne change ainsi pas grand chose. Au lieu d’embêter seulement les petits créateurs avec Content ID, l’article 13 embêtera aussi les gros créateurs qui jusqu’à maintenant géraient les droits via des MCN.

Mais tout créateur ayant eu à faire à Content ID sait que ce système pose problème. Il n’est pas rare que des entreprises s’approprient des droits sur des morceaux libres. Des vidéos avec des contenus dont nous avons les droits reçoivent parfois un strike. J’ai aussi reçu un strike parce que l’on entendait une musique dans un lieu publique où je faisais un reportage.

Content ID permet de bien percevoir la limite d’un tel système. Imaginons que j’insère un morceau de Mozart dans ma vidéo. Bien entendu j’ai le droit. Mais Sony peut très bien avoir déclaré les droits sur l’interprétation de Mozart par un grand orchestre pour faire un disque. Comment trancher ?

Pour le moment, Youtube s’en lave les mains. Il est impossible de contester car l’ayant droit a toujours le dernier mot alors que ce devrait être YouTube qui devrait trancher le litige. YouTube devrait déjà améliorer Content ID avant de vouloir sauver Internet.

Mais c’est un bon rappel

Cette campagne de YouTube a toutefois un mérite important. Elle rappelle aux créateurs l’extrême dépendance vis à vis de ces sociétés privées qui agissent pour leur business à elle.

Nous sommes chez eux. Ils peuvent faire disparaître nos contenus et notre business à tout moment. Pas besoin de cette directive pour le faire. Ils peuvent le supprimer si vous enfreignez leurs règles. YouTube démonétise des vidéos qui disent du mal d’eux. Et puis à tout moment votre visibilité peut être impactée par les changements d’algorithmes. C’est valable pour toutes les plateformes. Je vous renvoie à mon épisode 126 : On ne construit pas tout son business dans le jardin d’un autre.

Merci donc à Google de nous rappeler cette évidence. C’est un très bon rappel qu’il faut essayer de limiter notre dépendance à ces outils. S’il faut les utiliser pour leur puissance, il faut répartir nos efforts sur plusieurs outils. Il faut aussi se rappeler que si notre site nous appartient notre SEO dépend de Google. Et se rappeler enfin que le meilleur moyen de rester en contact avec un lecteur est de pouvoir lui envoyer un mail. D’où la logique Inbound Marketing.

— Bertrand Soulier

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