542. Syndrome de l’imposteur : arrêtez d’essayer de lutter contre !

Aujourd’hui je réponds à une problématique qui m’a été posée sur la difficulté à débuter, la peur que ça engendre, les doutes sur nos capacités et notre crédibilité. Je pense que tous les conseils sur comment lutter contre le complexe de l’imposteur sont vains. Voici plutôt comment envisager les choses.

Les peurs du créateur de contenu

Comment on souhaite lancer un podcast, un blog ou une chaîne Youtube il y a toujours un moment de doute et de peur. Que ce soit le tout premier ou le dixième. Et c’est d’autant plus quand on n’est pas un expert de la thématique, que le marché est déjà très occupé.

Voici quelques peurs fréquentes :

  • ne pas avoir de talent,
  • être jugé,
  • être rejeté,
  • ne rien apporter,
  • ne pas être pris au sérieux,
  • être critiqué,
  • être ridiculisé,
  • pire être ignoré,
  • peur que tous les autres aient déjà fait la même chose que vous et en mieux !

Ces peurs sont logiques. Internet n’est plus un média tout jeune. Il y a du monde. Et s’il y a du monde qui est bien installé sur votre thématique c’est même une bonne chose. Cela signifie qu’il y a un marché pour faire de l’audience et en vivre.

Mais il ne faut pas tomber dans le piège de la comparaison.

Les fausses bonnes idées

Le problème de la peur et notamment du syndrome de l’imposteur c’est qu’elle provient systématiquement de la comparaison. Nous avons peur d’être comparé aux concurrents présents. Il y a alors plus plusieurs stratégies pour lutter contre eux. Beaucoup sont mauvaises.

La première serait de chercher une niche que personne n’a prise. Alors nous cherchons une idée tellement novatrice que personne n’y a pensé. C’est très risqué car Il va falloir éduquer le marché.

L’autre idée serait d’essayer d’égaler ou surpasser la concurrence installée. On va chercher à faire un contenu très qualitatif. On analyse les autres. On se documente comme une encyclopédie. On sur-prépare. Cela nous rassure.

Enfin on cherche des hacks, des béquilles qui vous nous aider. Boire un verre d’alcool avant de faire sa vidéo, parler à une photo ou un canard jaune, sur-jouer, reprendre les codes du domaine.

Pourquoi vous avez mieux à faire que lutter contre la peur

Tout le monde se focalise sur la peur de se lancer. Nous cherchons à désacraliser cette première fois. Nous cherchons des méthodes simples pour se lancer et lutter contre la peur.

Mais aujourd’hui regardons le problème différemment. Le problème quand on débute c’est qu’on débarque dans un environnement rempli de monde : des leaders, des suiveurs, des débutants, l’audience…

C’est comme une grande marre remplie de grenouilles, de petits et gros poissons. Et le risque c’est de ne pas arriver à rentrer dans cette marre, d’être ignoré, d’être bouffé tout cru.

Mais il y a un autre habitant dans cette marre. La libellule.

Elle n’a l’air de rien mais elle est redoutable. Elle débute sa vie dans l’eau comme une larve et s’élève dans les airs ensuite. Elle a une vision à 360 degrés et une capacité d’analyse de 300 images par seconde. La libellule commence petit et prend de la hauteur petit à petit. Et surtout elle a une stratégie différente.

Dans votre marre à vous, 80% de l’audience et des clients est happée par quelques gros poissons. Ils sont les références. On se compare à eux. On a tendance à les observer. On regarde leur contenu, on apprend des choses.

Ils sont des références pour les gens que nous visons et pour nous aussi. Ils nous inspirent. Et on finit par les copier sans même s’en rendre compte quand on veut commencer à créer.

Mais devons-nous vraiment nous comparer à des gens qui ont des années d’expérience ? Qui ont de l’avance ? Non !

Derrière il y a tout une faune de petit poissons. Ils ressemblent un peu à la grenouille de la fable. Ils veulent faire comme les gros. Faire croire qu’ils sont plus gros que le gros poisson expert. Et comme dans la fable ils finissent souvent pas exploser car c’est intenable. Un petit poisson ne peut pas lutter avec un gros qui a de l’expérience, des clients, de l’argent, une équipe. En plus on apparait comme un copieur.

La faiblesse de l’expert

La peur, le syndrome de l’imposteur, la peur de manquer de crédibilité naissent de la comparaison. A trop vouloir se comparer et imiter, même sans s’en rendre compte, on se bloque.

C’est la comparaison qui nous bloque :

  • je ne sais pas faire aussi bien,
  • je ne sais pas autant de chose,
  • je ne suis pas autant vu,
  • je ne maitrise pas tout.

Pourtant, les personnes installées ont un défaut majeur. Tout leader a une faiblesse. L’économie le prouve. Les taxis se font croquer par Uber qui a exploité leur faiblesse.

Dans la création de contenu, la faiblesse de l’expert c’est justement d’être un expert. Les experts ont oublié ce que c’était que débuter. Et pour reprendre une idée de Steven Pinker, ils sont victimes de la malédiction de la connaissance.

Plus on devient expert dans un domaine et plus ça devient difficile d’en parler. On a une conscience de plus en plus aiguë de phénomènes complexes et on a du mal à en parler à un public non averti. On se coince dans des problèmes qui n’existent que pour peu de monde.

On utilise aussi du jargon que l’on ne prend même plus le temps d’expliquer. On met en place des stratégies que personne ne peut vraiment suivre. Et on se lance dans des choses qui impressionnent mais n’aident pas.

Et ça c’est une bonne nouvelle pour nous.

La solution : prendre le contre-pied

La solution n’est donc pas de fuir la concurrence mais de rentrer sur le marché avec nos armes. Et pour ne pas se comparer, copier et signer il faut prendre le contre-pied.

Voici mon postulat : 90% des gens qui barbotent dans la marre racontent la même chose.

Donc il faut avoir une autre voix. Voici quelques questions à vous poser :

  • Est-ce que je peux avoir une opinion discordante par rapport aux gens déjà présents ?
  • Est-ce que je peux prendre le contre-pied ?
  • Est-ce que quelque chose chez eux m’énerve et me frustre ?
  • Est-ce que quelque chose dans le comportement des clients m’énerve et me frustre ?
  • Comment proposer quelque chose de différent tout en parlant du même problème qu’eux

Si ces experts réussissent c’est qu’il y a un marché. Donc il faut rester sur le marché mais avec une position différente, une méthode différente. Une idée pourrait aussi d’être de faire exactement l’inverse. Donc on arrête de comparer nos contenus. On pense différemment.

On va jouer avec nos armes :

  • l’esprit du débutant dont j’ai déjà parlé
  • je ne comprends pas le jargon que je découvre alors je prends le temps de l’expliquer,
  • je n’ai pas tout testé alors j’ai plein d’expérience à faire et à partager,
  • je n’ai pas tout lu alors je ne suis pas formaté,
  • j’ai beaucoup de choses à découvrir
  • tout le monde se ressemble mais moi je me distingue,
  • ils font certains types de contenus, j’en fait d’autres

Adopter une parole d’expert

Maintenant nous allons adopter une structuration qui va nous permettre de parler comme un expert. Il s’agit d’apporter notre contribution mais en se protégeant.

Nous allons donc partir de cette idée discordante mais en adaptant un modèle de discours qui nous positionne comme un expert tout en nous protégeant des critiques méchantes.

Il se fait en 4 temps.

1. Voici ce que nous savons

C’est un peu faire l’état de l’art, le point sur la situation :

  • J’ai observé, j’ai analysé,
  • j’ai testé des choses, j’ai mon expérience,
  • je connais des gens qui sont bien informés ou ont vécu une expérience.

2. Mais voici ce que nous ne savons pas

Toutefois il y a des inconnues et je le sais. Je ne cherche pas à les cacher et je les présente :

  • ce que je ne sais pas encore,
  • les choses que je sais ne pas connaître,
  • ce que nous ne pouvons pas connaître car personne ne peut le prévoir,
  • des choses imprévisibles.

On reste donc prudent.

3. Prendre du recul

Nous allons maintenant raisonner en fonction d’autres éléments :

  • il est possible de trouver une analogie historique qui éclaire la situation présente. Exemple : « toutefois le passé nous a montré que… »
  • ou alors comparer avec un autre domaine en estimant que notre domaine va évoluer de la même manière. Exemples : « Ce qui s’est passé pour la presse et les radios libres va se passer pour Internet. » ou « Ce qui se passe dans le running sur YouTube prend le même chemin que ce qui s’est passé dans la musculation… »

4. Ce que je compte faire

Maintenant vous pouvez partager ce que vous comptez faire. Mais vous montrez que vous prenez la décision sur la base de votre expertise et de vos connaissances actuelles. Surtout indiquez à votre audience qu’il peut faire comme vous ou pas

Rappelez-vous alors que vous êtes dans une démarche sincère :

  • cohérence et de la congruence : je dis ce que je fais et je fais ce que je dis
  • documentation : je vous le montre,
  • je montre mes expérimentations

Dans le futur, si vos propos et expérience s’avèrent judicieux vous en tirerez la gloire. Si vous aviez tord, vous en tirerez les leçons tout en rappelant les inconnues. Et surtout c’est ce qui forge votre expérience

Exemple avec mon podcast KM42

Mon podcast sur le running KM42 est exactement dans cette démarche.

Je débute la course à 40 ans. Je suis obèse, je cours doucement. Je ne peux pas prétendre donner des conseils de coach ou d’athlètes qui courent depuis 20 ans. Je ne peux pas aider des athlètes qui courent le marathon en 2h50 ou moins.

Je ne me trouve pas crédible sur la maitrise du sport. Mais j’ai envie d’en parler et d’aider ceux qui veulent faire la même chose. Alors je peux partager mes expériences.

J’explique d’où je pars, ce que je fais, ce que je découvre, mes erreurs et réussites. J’ai documenté la préparation de mon marathon, ma blessure, mes progrès, mes échecs…

Depuis le lancement du podcast j’ai eu un seul commentaire vraiment désagréable. Il montrait que la personne cherchait en fait les conseils d’un expert. Ce n’est pas grave ce n’est pas ma cible.

En revanche j’ai beaucoup de commentaires très sympas de personnes qui ne se retrouvent pas dans les contenus des autres car ils les jugent élitiste et trop complexe pour eux.

En voici un reçu sur Apple Podcasts :

Le meilleur podcast running francophone ☆ ☆ ☆ ☆ ☆
Merci Bertrand pour la qualité de ton contenu. On est loin des podcast élitistes sur le sujet. Le débutant comme le coureur avancé y trouvent les infos adaptées à leur pratique. Les sujets sont agréablement traités et le propos est à la portée du plus grand nombre. Un hamster 😉

Et maintenant passez à l’action

Vous avez toutes les cartes en main. Votre syndrome de l’imposteur vient avant tout de la vision que vous avez de vous même et non de la vision que les autres ont de vous. Surtout quand vous n’avez rien publié.

Ce que vous jugez comme un manque de crédibilité vient avant de tout de la manière dont vous vous positionnez. Si vous cherchez à faire la même chose que les experts vous serez dans la comparaison.

Alors chercher votre manière d’aborder le sujet avec votre savoir du moment et une démarche d’expérimentation. Et surtout créez. Car c’est ainsi que vous deviendrez petit à petit un expert.

542. Syndrome de l’imposteur : arrêtez d’essayer de lutter contre !

— Bertrand Soulier

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